A la Croisée de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou

De la cavalcade à la réalité
ou la préhistoire de la piscine de Loudun
par Fernande Germain

Présentation

Chaque année, lors la fête de la Saint-Jean ou à la Saint-Michel, il y avait une cavalcade à Loudun qui défilait dans les rues de la ville et sur les boulevards périphériques.

Chaque quartier avait son thème. Une grande partie des habitants se mettait à l’œuvre. Les femmes faisaient les fleurs, des roses le plus souvent ; il en fallait une quantité considérable pour garnir les chars. Elles s'occupaient également des costumes. Les hommes faisaient le gros œuvre : les armatures, les décors en bois ou en plastique, selon les cas. Une animation exceptionnelle régnait dans les granges, transformées pour la circonstance en ateliers, où tous les habitants des quartiers se réunissaient le soir ou le dimanche, car autrefois il n’y avait pas de week-end.

Dans les années 1948-1950, un groupe de commerçants du centre ville avait choisi comme thème : une piscine. Pourquoi une piscine ? me direz-vous. A Loudun, nous n’avions pas de rivière pour nous baigner, il fallait aller à Chinon, à la plage de la Belle-Laveuse. Mais il fallait prendre le train ou avoir un vélo, et ces modes de locomotion n’étaient pas accessibles à tout le monde.

Si bien qu’un groupe de jeunes commerçants avait proposé à la municipalité de l’époque de faire une piscine. Mais la plupart des membres du conseil étaient des personnes très honorables mais peu tournées vers le modernisme et ne voyaient aucune utilité à ce genre de détente qu’est la baignade. L' idée de piscine étant « dans l’air », le thème fut accepté et un char fut fait : une belle piscine rectangulaire, avec un certain volume d’eau à l’intérieur et autour de petits enfants en maillots de bain et de grandes jeunes filles allongées sur des chaises longues à l'ombre de parasols.

Ce char eut beaucoup de succès.

A la fin de la guerre 39-45, après le départ des allemands de notre ville, les jeunes hommes et femmes éprouvaient le besoin de liberté et de nouveaux plaisirs. L'idée de piscine était toujours dans les esprits.

Quelques personnes habiles fabriquèrent une maquette de piscine et proposèrent de la placer au pied des anciennes fortifications du château, où étaient des pâturages bien orientés au soleil et appartenant à un marchand de bestiaux,. Cette maquette fut exposée dans la vitrine d’un magasin de la rue des Marchands pendant quelques temps faisant rêver la jeunesse loudunaise.

Et quelques années plus tard, lorsque la municipalité fut remaniée et que M. René Monory fut devenu maire de la ville en 1959, la piscine tant convoitée devint vite réalité et fut inaugurée dès les années 1960, à l’emplacement préconisé par le groupe de jeunes Loudunais.

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La Piscine va pousser (poème d'Hilaire Bouzon)

La Piscine va pousser

Une œuvre d'art, dit-on, digne de Mélusine,
A Loudun va jaillir d'un coup sans lésiner.
Non, il ne s'agit plus d'école ou d'autre usine ;
Après l'ulile, il faut de l'agréable user.

La nouvelle est formid' : les plans d'une piscine
Viennent de la mairie tous les murs tapisser…
Enfin soit révolue l'ère de la bassine
Où, pour faire trempette, on mimait le basset ;

Où le dimanche pour s'ablutionner l'échine,
Ce n'est qu'ave' la main on pouvait pourlécher…
Ah ! depuis si longtemps que l'on nous baratine,
De l'eau, de l'eau enfin ! On va se baratter…

On va pouvoir enfin se mouiller la narine,
Et des faits adéquats en avoir a narrer…
On va pouvoir enfin délacer sa bottine
Et de ses vêtements mainte autre bribe ôter…

On va pouvoir enfin dilater sa rétine,
Puisque Monsieur le Maire a banché l'arrêté...
Ceux qui de la piscine ont vu la figurine
Disent d'elle qu'on ne peut se la figurer.

Tout est prévu : on va supprimer la colline,
Faire un trou, pomper l'eau… Impecc' ; tout va coller.
Un bâtiment sensas' à la fière patine
Prévoit la mixité… De quoi nous épater.

Autour, on va semer gland, glaïeul, capucine ;
Les cantonniers sont là : ça n'a plus qu'à pousser.
En pensée je la vois dépassant, la piscine,
Avec épi sur toit, épais et épissés.

Pétioles palpitants festonnant les fascines
Du plongeoir affaissé, parfait pour s'effacer ;
Des crocus, des soleils en l'air ; des aubergines,
Pistachiers au jardin : de quoi se goberger.

Et les curieux au Bar « de la Meilleure Mine »
Auront les meilleurs crus entre les meilleurs mets,
Tandis qu'aux soirs d'été paradera l'Ondine
Nimbée des trente-six chandelles du dîner…

De l'eau... de quoi plonger la Baleine Pasquine,
Soi, les siens, ses amis, la bonne et les paquets...
Tous. Ions, libérés de l'ancestrale terrine,
Tous en chœur macérons nos êtres altérés.

En eette eau de salul, luïque cl alcaline,
Même les porcs-épics voudront s'y câliner,
Tout litre usé, repris par savante machine,
Puis rendu, pouvant être Onze fois remâché...

...Pourtant, si la saveur du bain devient saline,
Qu'il vous soit interdit d'un peu plus la saler... ;
Car si, dans ce milieu a goutté l'étamine,
Ce n'est point là motif à le contaminer...

Puisse n'etre épuisée 1a propice piscine,
Ou n'être un pis-aller comme l'impie ciné.
Que nul culte terreux sur ce lieu ne culmine ;
Le cupide est honni ; le vil cumul miné...

Que la concupiscence ici ne concubine
Avec art, pont, fleur, grâce et plancton combinés...
Même si la naïade un peu fait la coquine,
Messieurs, demeurez droits, ni coquins, ni coquels.

Puis, détendus, béats, dodus sous la glycine,
Aux cubiques écueils gardez-vous de glisser.
Et n'oublicz jamais que dans une piscine,'
Vers les nues, l'étendard il ne faut trop... hisser.

Hilaire Bouzon

in A quatre lieues de Rabelais _ Plaisanteries rimées

Publié avec l'accord de l'auteur.

Commentaires

La construction d'une piscine à Loudun a opposé la jeune génération aux édiles en place, une sorte de guerre locale des anciens et des modernes. Il aura fallu l'arrivée d'une nouvelle municipalité pour que le projet prenne corps avec René Monory. Il semble qu'Hilaire Bouzon sur le ton de la plaisanterie se fasse l'écho des gens opposés au projet, peut-être pour en rire. On trouve dans le poème des thèmes utilisés par les détracteurs. Il s'agit de questions  de mœurs : par exemple la mixité. On renverra sur ce thème à l'article sur l'évolution des diplômes des communions sur la site Antick. Le religieux n'est pas en reste. L'eau de salut (pour ceux qui sont les défenseurs de la piscine) est laïque par opposition probablement à celle des bénitiers. Elle est de plus alcaline, l'alcali est le nom commun de l'amoniaque. L'auteur insiste sur le côté non-religieux des nouvelles réalisations de la ville : l'impie ciné.  Le cinéma Cornay, du nom de saint Jean-Charles Cornay, est passé d'une gestion par une organisation proche de l'église à une dépendance municipale. Il faut dire que pendant une période, l'opérateur sur demande de l'église faisait sa propre cesnsure et supprimait les scènes où les acteurs s'embrassaient.

En plus des réserves de société, Hilaire Bouzon qui fut architecte de la ville semble estimer que la gestion du projet est trop rapide : A Loudun va jaillir d'un coup sans lésiner. Les strophes 6 et 7 sont révélatrices de cette précipitation. Comment faut-il comprendre Monsieur le Maire a banché l'arrêtéBanché : couler du béton. L'arrêté est bétonné, on ne peut plu revenir dessus. On peut aussi penser à bâclé.

Le ton des six dernières strophes devient gaulois. Les nageurs macéreront. Les porcs-épics s'y câlineront. La piscine est un lieu de débauche car en fait les nageurs s'y câlineront en toute mixité ! L'auteur camoufle des propos vulgaires par des mots qui en général sont utilisés dans des cas plus poétiques. Étamine, organe mâle producteur du pollen […] formé d'une partie allongée ! L'étamine a goutté ; je vous laisse traduire.

Quant à la dernière strophe, elle fait référence à la contrepéterie : Glisser sur la piscine et Pisser sur la glycine. Les deux premiers vers peuvent donc se comprendre :


Puis, détendus, béats, dodus sous la pisicne,
Aux cubiques écueils gardez-vous de pisser.

Enfin dernières remarques, le mots nues peut se comprendre comme le ciel mais encore comme femmes dénudées. Pas de commentaire sur la fin du vers car il comprend une liaison osée voire obscène.

Doit-on s'en offusquer. Pour ma part, je suis pour la liberté d'expression et je ne vois pas le mal partout. Et, si Hilaire Bouzon se moquait à la fois de la précipitation à construire la piscine et de ses détracteurs accrochés à des conceptions rétrogrades. C'est une hypothèse mais, il y en a d'autres. Quel qu'en soit le sens voulu par l'auteur, ce poème est bien le reflet d'une époque. De toute manière l'auteur a écrit en avant-propos :

C'est pour vous divertir, ami lecteur, que ces pages vous sont tendues.

Alors dans ce cas rions !

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Dernière modification : 2008-01-09 - 23:04:06

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