A la Croisée de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou

Rabelais vu par les écrivains
Citations
par Jean-Claude Raymond

Jules Barbey d'Aurevilly  (1808-1889)

Selon cet auteur, Rabelais serait

Michel-Ange de l'ordure.

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Francis Bacon (1561-1626), lord Verulam chancelier d'Angleterre

Bacon appelait Rabelais, ainsi dans le texte:

le grand railleur, the great jester of France

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Honoré de Balzac (Tours, 1799-1850)

Tantôt il poussait, à la manière de Rabelais, un rire large et franc, et traçait sur la muraille d'une rue un mot qui pouvait servir de pendant à celui de : « Trinque ! » seul oracle obtenu de la dive bouteille.

Le Mariage physiologique

Permettez-moi de vous dire comme Rabelais, notre maître à tous : « Gens de bien, Dieu vous sauve et vous garde ! Où êtes-vous ? je ne peux vous voir. Attendez que je chausse mes lunettes. Ah ! ah ! je vous vois . Vous, vos femmes, vos enfants, vous êtes en santé désirée ? » Cela me plaît . « Mais ce n' est pas pour vous que j' écris. Puisque vous avez de grands enfants , tout est dit. »

Le Mariage physiologique

Ce n'est pas à vous que s'adresse la Physiologie du mariage, puisque vous n'êtes pas mariés. Ainsi soit-il toujours ! « Vous, tas de serrabaites, cagots, escargotz, hypocrites, caphartz, frapartz, botineurs, rompipetes et autres telles gens qui se sont déguisés comme masques, pour tromper le monde !… arrière mastins, hors de la quarrière ! hors d ici, cerveaux à bourrelet ... De par le diable, êtes-vous encore là ? ...  Il ne me reste plus, peut-être, que de bonnes âmes aimant à rire. Non de ces pleurards qui veulent se noyer à tout propos en vers et en prose, qui font les malades en odes,en sonnets, en méditations ; non de ces songe-creux en toute sorte, mais quelques-uns de ces anciens pantagruélistes qui n'y regardent pas de si près quand il s'agit de banqueter et de goguenarder, qui trouvent du bon dans le livre Des pois au lard , cum commento, de Rabelais, dans celui de La Dignité des braguettes, et qui estiment ces beaux livres de haulte gresse, legiers au porchas, hardis à la rencontre. L'on ne peut guère plus rire du gouvernement, mes amis, depuis qu'il a trouvé le moyen de lever quinze cents millions d'impôts. Les papegaux, les évégaux, les moines et moinesses ne sont pas encore assez riches pour qu'on puisse boire chez eux ; mais arrive saint Michel, qui chassa le diable du ciel, et nous verrons peut-être le bon temps revenir ! Partant, il ne nous reste en ce moment que le mariage en France qui soit matière à rire. Disciples de Panurge, de vous seuls je veux pour lecteurs. Vous savez prendre et quitter un livre à propos, faire du plus aisé, comprendre à demi-mot et tirer nourriture d'un os médullaire. Ces gens à microscope, qui ne voient qu'un point, les censeurs enfin, ont-ils bien tout dit, tout passé en revue ? ont-ils prononcé en dernier ressort qu'un livre sur le mariage est aussi impossible à exécuter qu'une cruche cassée à rendre neuve ?

Le Mariage physiologique

Quant à notre fantaisie de rire en pleurant et de pleurer en riant, comme le divin Rabelais buvait en mangeant et mangeait en buvant ; quant à notre manie de mettre Héraclite et Démocrite dans la même page, de n'avoir ni style, ni préméditation de phrase ... si quelqu'un de l'équipage en murmure !

Le Mariage physiologique

Qui épousons-nous pour le moment ? … » Règle générale, c'est toujours une femme charmante. Quel est le fantassin de Paris dans l'oreille duquel il n'est pas tombé, comme des balles en un jour de bataille, des milliers de mots prononcés par les passants, et qui n' ait pas saisi une de ces innombrables paroles, gelées en l' air, dont parle Rabelais ? Mais la plupart des hommes se promènent à Paris comme ils mangent, comme ils vivent , sans y penser.

Le Mariage physiologique

Dans tes conversations avec elle, évite toute plaisanterie et toute raillerie ; et, autant que tu le pourras, ne lui laisse lire aucun livre jovial. Il y a quelques traités de dévotion que tu peux lui permettre (quoique j'aimasse mieux qu'elle ne les lût point) ; mais ne souffre pas qu'elle lise Rabelais, Scarron ou Don Quichotte . Tous ces livres excitent le rire ; et tu sais, cher Tobie , que rien n' est plus sérieux que les fins du mariage.

Le Mariage physiologique

Reprenons le bonnet aux grelots et cette marotte de laquelle Rabelais fit jadis un sceptre, et poursuivons le cours de cette analyse, sans donner à une plaisanterie plus de gravité qu'elle n'en peut avoir, sans donner aux choses graves plus de plaisanterie qu'elles n'en comportent.

Le Mariage physiologique

Si j'avais eu la prétention de formuler proprement ces deux idées, je t'aurais dit que l'homme se corrompt par l'exercice de la raison et se purifie par l'ignorance. C'est faire le procès aux sociétés ! Mais que nous vivions avec les sages ou que nous périssions avec les fous, le résultat n'est-il pas tôt ou tard le même ? Aussi, le grand abstracteur de quintessence a-t- il jadis exprimé ces deux systèmes en deux mots : CARYMARY , CARYMARA. - Tu me fais douter de la puissance de Dieu, car tu es plus bête qu'il n' est puissant, répliqua Émile. Notre cher Rabelais a résolu cette philosophie par un mot plus bref que Carymary, Carymara : c' est peut-être, d'où Montaigne a pris son Que sais - je ? Encore ces derniers mots de la science morale ne sont-ils guère que l'exclamation de Pyrrhon restant entre le bien et le mal, comme l' âne de Buridan entre deux mesures d'avoine.

La Peau de chagrin

Le oui et non humain me poursuit partout ! Toujours le Carymary, Carymara de Rabelais : je suis spirituellement malade, carymary ! ou matériellement malade, carymara ! Dois-je vivre ? ils l'ignorent.

La Peau de chagrin

Ici, quelques renseignements sur l'esprit public de la Touraine deviennent nécessaires. L'esprit conteur, rusé, goguenard, épigrammatique dont, à chaque page, est empreinte l'œuvre de Rabelais, exprime fidèlement l'esprit tourangeau, esprit fin, poli comme il doit l'être dans un pays où les rois de France ont, pendant longtemps, tenu leur cour ; esprit ardent, artiste, poétique, voluptueux, mais dont les dispositions premières s'abolissent promptement . La mollesse de l'air, la beauté du climat, une certaine facilité d'existence et la bonhomie des mœurs y étouffent bientôt le sentiment des arts, y rétrécissent le plus vaste cœur, y corrodent la plus tenace des volontés. Transplantez le Tourangeau, ses qualités se développent et produisent de grandes choses, ainsi que l'ont prouvé, dans les sphères d'activité les plus diverses, Rabelais et Semblançay ; Plantin l'imprimeur et Descartes ; Boucicaut, le Napoléon de son temps , et Pinaigrier qui peignit la majeure partie des vitraux dans les cathédrales, puis Verville et Courier. Ainsi le Tourangeau , si remarquable au-dehors, chez lui demeure comme l'Indien sur sa natte, comme le Turc sur son divan. Il emploie son esprit à se moquer du voisin, à se réjouir, et arrive au bout de la vie , heureux . La Touraine est la véritable abbaye de Thélème, si vantée dans le livre de Gargantua ; il s' y trouve, comme dans l'œuvre du poète, de complaisantes religieuses, et la bonne chère tant célébrée par Rabelais y trône. Quant à la fainéantise, elle est sublime et admirablement exprimée par ce dicton populaire  :" « Tourangeau, veux-tu de la soupe ? - Oui. - Apporte ton écuelle. - Je n'ai plus faim. " » Est-ce à la joie du vignoble, est-ce à la douceur harmonieuse des plus beaux paysages de la France, est-ce à la tranquillité d'un pays où jamais ne pénètrent les armes de l'étranger, qu'est dû le mol abandon de ces faciles et douces mœurs ? à ces questions, nulle réponse. Allez dans cette Turquie de la France, vous y resterez paresseux, oisif, heureux . Fussiez-vous ambitieux comme l'était Napoléon, ou poète comme l'était Byron, une force inouïe, invincible vous obligerait à garder vos poésies pour vous, et à convertir en rêves vos projets ambitieux.

L'iIllustre Gaudissart

D'ailleurs, autre cause de plaisir, les rangs sont confondus : femmes, enfants, maîtres et gens, tout le monde participe à la dive cueillette. Ces diverses circonstances peuvent expliquer l'hilarité transmise d'âge en âge, qui se développe en ces derniers beaux jours de l'année [les vendanges] et dont le souvenir inspira jadis à Rabelais la forme bachique de son grand ouvrage. Jamais les enfants, Jacques et Madeleine, toujours malades, n' avaient été en vendange ; j'étais comme eux, ils eurent je ne sais quelle joie enfantine de voir leurs émotions partagées ; leur mère avait promis de nous y accompagner. Nous étions allés à Villaines, où se fabriquent les paniers du pays, nous en commander de fort jolis ; il était question de vendanger à nous quatre quelques chaînées réservées à nos ciseaux ; mais il était convenu qu'on ne mangerait pas trop de raisin. Manger dans les vignes le gros co de Touraine paraissait chose si délicieuse, que l'on dédaignait les plus beaux raisins sur la table. Jacques me fit jurer de n'aller voir vendanger nulle part, et de me réserver pour le clos de Clochegourde. Jamais ces deux petits êtres, habituellement souffrants et pâles, ne furent plus frais, ni plus roses, ni aussi agissants et remuants que durant cette matinée. Ils babillaient pour babiller, allaient, trottaient, revenaient sans raison apparente ; mais, comme les autres enfants, ils semblaient avoir trop de vie à secouer ; M . et Mme de Mortsauf ne les avaient jamais vus ainsi. Je redevins enfant avec eux, plus enfant qu'eux peut-être, car j'espérais aussi ma récolte. Nous allâmes par le plus beau temps vers les vignes, et nous y restâmes une demi-journée. Comme nous nous disputions à qui trouverait les plus belles grappes, à qui remplirait plus vite son panier ! C'était des allées et venues des ceps à la mère, il ne se cueillait pas une grappe qu'on ne la lui montrât. Elle se mit à rire du bon rire plein de sa jeunesse, quand arrivant après sa fille, avec mon panier, je lui dis comme Madeleine : « Et les miens, maman ? » Elle me répondit : « Cher enfant, ne t'échauffe pas trop ! » Puis me passant la main tour à tour sur le cou et dans les cheveux, elle me donna un petit coup sur la joue en ajoutant : « Tu es en nage ! »  Ce fut la seule fois que j'entendis cette caresse de la voix, le tu des amants.

in Le Lys dans la vallée

Paresseux et fécond comme Rossini, obligé, comme les grands poètes comiques, comme Molière et Rabelais, de considérer toute chose à l'endroit du Pour et à l'envers du Contre, il était sceptique, il pouvait rire et riait de tout.

in Les Illusions perdues

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Charles Baudelaire (Paris 1821-1867)

Hier ils s’entretenaient familièrement avec Jérôme Cardan ; les
voici maintenant jouant avec Sterne ou se vautrant avec Rabelais
dans toutes les goinfreries de l’hyperbole.

La Fanfarlo

René Boylesves (Descartes, 1867-1926)

Cette route était celle de Chinon, une petite ville bien jolie, bâtie au pied et sur la pente d'une colline qui porte les débris d'un château célèbre et le souvenir de Rabelais, notre gros Shakespeare à nous. C'est un endroit qui me plaît tant que je n' en finirais pas de le décrire, si mon sujet me le permettait…

La leçon d'amour dans un parc

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Guillaume Budé (Paris,1467-1540)

Ce grand homme écrivait aux religieux  de Fontenay des lettres très érudites, en grec et en latin ; et, dans chaque lettre, il mettait un mot pour le jeune Rabelais : Saluez de ma part votre frère en religion et en science... Adieu et saluez quatre fois en mon nom le gentil et savant Rabelais ou de vive voix, s'il est près de vous ou par écrit, s'il est absent.

Anatole France

Rabelais

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Michel Butor (Mons-enBaroeul,1926-contemporain)

Aucun écrivain ne l'a jamais égalé.

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Louis-Ferdinand Céline (1932-1961)

Voyez-vous, avec Rabelais, on parle toujours de ce qu'il faut pas. On dit, on répète partout : "C'est le père des lettres françaises». Et puis il y a de l'enthousiasme, des éloges, ça va de Victor Hugo à Balzac, à Malherbe. Le père des lettres françaises, ah là là ! c'est pas si simple. En vérité Rabelais, il a raté son coup. Il a pas réussi."»

Ce qu'il voulait faire, c'était un langage pour tout le monde, un vrai. Il voulait démocratiser la langue. Une vraie bataille. La Sorbonne, il était contre, les docteurs et tout ça. Tout ce qui était reçu et établi, le roi, l'Église, le style, il était contre. Non c'est pas lui qui a gagné, c'est Amyot, le traducteur de Plutarque. Il a eu dans les siècles qui suivirent, beaucoup plus de succès que Rabelais. C'est sur lui, sur sa langue, qu'on vit encore aujourd'hui. Rabelais avait voulu faire passer la langue parlée dans la langue écrite : un échec. Tandis qu'Amyot, les gens de maintenant veulent toujours et encore de l'Amyot, du style académique. Ça c'est écrire de la m… : du langage figé…

Or on ne publie que cela, où est la vraie postérité de Rabelais, la vraie littérature ? disparue. La raison en est claire. Il faudrait comprendre une fois pour toutes (assez de pudibonderie !) que le français est une langue vulgaire, depuis toujours, depuis sa naissance au traité de Verdun. Seulement ça, on ne veut pas l'accepter et on continue à mépriser Rabelais.

Ah ! c'est rabelaisien !» dit-on parfois. Ça veut dire : attention ce truc-là, ça manque de correction. Et le nom d'un de nos plus grands écrivains a ainsi servi à façonner un adjectif diffamatoire. Monstrueux ! Car c'était un type très fort, Rabelais, écrivain, médecin, juriste … Il a eu des embêtements, le pauvre, même de son vivant  : il passait tout son temps à essayer de ne pas être brûlé.
Non, la France ne peut plus comprendre Rabelais : elle est devenue précieuse. Ce qui est terrible à penser, c'est que ça aurait pu être le contraire, la langue de Rabelais aurait pu devenir la langue française.

Propos recueillis lors d'un entretien sur Gargantua et Pantagruel,
Cahier de l’Herne , 1972

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Catherine Claude

Par saint Foutin l'apôtre ou par la Vénus enjuponnée, le diable m'emporte s'il est meilleur compagon que François Rabelais, écrivain et médecin françois de haute gamme et prime cuvée, pour ne pas se laisser abasourdir par le "terrible tintamarre" de ce "facheux et chagrin monde". Aussi quand tout va mal à chien chié (c'est dire maintes fois !), j'ouvre mon vieil exemplaire de la Pléiade tout gribouillé de notes, sûre d'y trouver remède à me remonter le morale. 

Par tout temps, contemporain de qui n'abdique pas…
revue Europe, mai 1992, n° 757

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Joachim Du Bellay (Château du Lisé 1525-1560)

Ils boivent nuit et jour en Bretons et en Suisses,
Ils sont gras et refaits et mangent plus que trois :
Voilà les compagnons et correcteurs des Rois,
Que le bon Rabelais a surnommés Saucisses.

Les Regrets, La terre y est fertile…

1558

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Émile Faguet (la Roche-sur-Yon, 1847-1916)

Un homme comme Montaigne est un Latin, de sentiments, de pensée et même de style ; un homme comme Rabelais est un grec de sentiments et de pensée au moins ; de langue parfois. 

Études littéraires du seizième siècle

chez Calman-Lévy

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Anatole France (Paris, 1844-La Béchellerie, 1924)

J'ai résolu d'étudier avec vous, si tel est votre plaisir, l'auteur du Pantagruel parce que je le connais un peu, parce que c'est un grand écrivain et, parmi les grands écrivains, un des moins connus et des plus difficiles à connaître, parce que l'histoire de sa vie et de ses œuvres, ayant été complètement renouvelée en ces dernières années par la critique, je puis vous apporter en ce vieux sujet de curieuses nouveautés, et enfin et surtout parce que l'œuvre de ce grand homme est bonne, qu'elle dispose les esprits à la sagesse, à l'indépendance, à la gaieté bienfaisante, que la raison s'y plaît et s'y fortifie, que nous y apprenons l'art précieux de nous moquer de nos ennemis sans haine ni colère.Ce sont là, je crois de bonnes raisons. 

Rabelais - Avant-propos

C'est le don de Rabelais de rendre immense tout ce qu'il touche.

Rabelais

page 68.

François Rabelais se forma un savoir qui étonnait ses plus doctes contemporains. Il devint philosophe, théologien, mathématicien, jurisconsulte, musicien, arithméticien, géomètre, astronome, peintre et poète. En cela il égalait Érasme et Budé. Mais en quoi il est unique ou du moins étrangement rare dans son siècle, c'est que sa science n'était pas seulement de livres ; elle était de nature ; non littérale, mais d'esprit ; non seulement de mots, mais de chose vivante.

Aussi n'est-il pas surprenant qu'il ait pensé à étudier la médecine comme la science qui pénétrât le plus avant dans le secret de la vie, du moins pouvait-on l'espérer en ce temps de grandes espérances.

Rabelais

page 26.

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François Guizot (Nîmes, 1787-1874)

Rabelais a reconnu et signalé les vices des systèmes et des pratiques d'éducation de son temps ; il a entrevu, au début du seizième siècle, presque tout ce qu'il y a de sensé et d'utile dans les ouvrages des philosophes modernes...

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Victor Hugo (Besançon, 1802-Paris, 1885)

Entre Démocrite et Térence
Rabelais, que nul ne comprit :
Il berce Adam pourqu'il s'endorme,
Et son éclat de rire énorme
Est un des gouffres de l'esprit ! 

Les Contemplations, Livre VI, Les Mages, I.

Montaigne eût dit : que sais-je ? et Rabelais : peut-être.

Marion Delorme, IV, 8, L'Angely

Le très grand poète de la « chair » et du « ventre ».

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Adolphe Joanne (Dijon, 1813-1881)

[Rabelais]  écrivit, dans un style immortel et avec un esprit merveilleux, un grand roman satirique, les Faits et dits du géant Gargantua et de son fils Pantagruel, malheureusement rempli de grossièretés.

Géographie d'Indre-et-Loire

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Jean de La Bruyère (Paris, 1645-Versailles, 1696)

Où il est mauvais, il passe bien loin au delà du pire, c'est le charme de la canaille ; où il est bon, il va jusques à l'exquis et à l'excellent, il peut être le mets des plus délicats.

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Alphonse de Lamartine (Mâcon, 1790-1869)

Pour Lamartine :

le génie ordurier du cynisme, le scandale de l’oreille, de l’esprit, du cœur et du goût, le champignon vénéneux et fétide, né du fumier du cloître du Moyen Âge, le pourceau grognant de la Gaule, se délectant dans sa bouge immonde et faisant rejaillir avec délices les éclaboussures de sa lie sur le visage, sur les mœurs et sur la langue de son siècle

Cours familiers de littérature

1856

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Michel Eyquem, seigneur de Montaigne (château de Montaigne, 1533-1592)

Pour Montaigne l'œuvre de Rabelais apparaît comme 

simplement plaisante

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Edmond Pognon

Rabelais est l'énorme et jovial pourfendeur du christianisme proprement médiéval. Sans nier les dogmes, il ridiculise les usages. Tout ce qui entrave et étrique l'homme en tant qu'habitant de la terre lui est odieux. Le monachisme est sa bête noire  ; l'abbaye de Thélème, le symbole qu'il propose d'une vie vraiment libre, réservée d'ailleurs aux âmes bien nées que leur sagesse et leur sens de la mesure garantissent contre les faux pas. Son inspiration, extraordinairement diverse, s'alimente certes à la pensée antique, mais aussi plonge des racines dans le fonds primitif de l'âme populaire française  ; Gargantua, Rabelais l'a retrouvé dans le terroir tourangeau où il s'était caché depuis le triomphe du christianisme, fils abâtardi et clandestin de Gargan, le grand dieu des Celtes.  » 

Histoire du peuple français de Jeanne d'Arc à Louis XIV

Nouvelle Librairie de France

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Michel Ragon

En fait, Rabelais incarne un humanisme nourri d'évangélisme bien plus proche de l'abbé Pierre que du pape. D'ailleurs, on retrouve aujourd'hui cette tendance évangéliste chez les jeunes catholiques, et plus particulièrement chez les prêtres ouvriers. Preuve supplémentaire de sa modernité, c'est de lui que les anarchistes se réclameront, lui l'auteur du Fais ce que voudras dominant l'entrée de l'abbaye de Thélème.

(Michel Ragon a écrit Le roman de Rabelais, Albin Michel. Il s'agit d'un roman : écartez vous commentateurs, ergoteurs, décortiqueurs, analyseurs, analystes, raisonneurs, dédaigneux, découpeurs de cheveux en quatre, radoteurs,
sacerdoteurs, ragoteurs, papelards, dégoûteurs, égouteurs,
presseurs de citron, exploiteurs, comploteurs, sabreurs, saccageurs,
dégotteurs, dépouilleurs, épouilleurs. Que les autres boivent
ce livre jusqu'à l'ivresse.)

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Michel Renaud

Avant d'analyser l'œuvre de Rabelais, Michel Renaud résume le portrait qu'on attribue généralement à cet écrivain :

Au moins, ce Rabelais de légende, Homère de la mangeaille, chantre des ivresses rustiques, est-il évoqué avec une sorte d'indulgence complice, de connivence amusée.

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Pierre de Ronsard (château de la Poissonnière, 1524-1585)

Nous avons trouvé plusieurs fragments de l'Épitaphe de François Rabelais (1554) dont les parties communes ne sont pas exactement identiques. Le premier texte dont je n'ai pas relevé l'origine, le second fourni dans La Vie et l'œuvre de Rabelais par Jean Plattard, collection Le Livre de l'étudiant, chez Boivin et Cie, 1939. Ronsard ne fait pas un portrait flatteur de Rabelais. L'art de Ronsard semble donc autant capable de rabaisser que de sublimer. Ce texte est bien loin du raffinement des poèmes des Amours. Cette description est à rapprocher de la description de l'historien de Thou. Pour frappant qu'ils soient ces portraits sont-ils exacts ? On imagine mal les Du Bellay emmener avec eux pareil individu lors de leurs ambassades en Italie. Mais on peut penser que ce genre de textes contribua à créer la légende rabelaisienne et gauloise qu'on retient le plus facilement mais certainement à tort.

Premier fragment

Une vigne prendra naissance
De l'estomac et de la panse
Du bon Rabelais, qui buvait
Toujours cependant qu'il vivait.

Car d'un seul trait sa grande gueule
Eût plus bu de vin toute seule
L'épuisant du nez en deux coups,
Qu'un porc ne hume de lait doux…

Second fragment

La fosse de sa grande gueule
Eust plus bu de vin toute seule
(L'épuisant du nez en deux coups)
Qu'un porc ne hume de lait doux…
Jamais le soleil ne l'a vu,
Tant fust-il matin, qu'il n'eust bu…
Mais quand l'ardente canicule
Ramenait la saison qui brule,
Demi-nus se troussait les bras
Et se couchait tout plat, à bas,
Sur la jonchée, entre les tasses
Et, parmi les escuelles grasses
Sans nulle honte se touillant.
Allait dans le vin barbouillant
Comme une grenouille en la fange.

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George Sand (Paris, 1804-1876)

George Sand le qualifie tour à tour de « divin maître » et d'« atroce cochon ».

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Jacques Tahureau (Le Mans, 1527-1555)

On trouve cette épitaphe dans l'œuvre de Jacques Tahureau :

Ce docte né Rabelais, qui piquoit
Les plus piquans
, dort sous la lame ici ;
Et ceux même en mourant se moquoit,
Qui de sa mort prenoient quelque souci. »

André Tiraqueau (Fontenay-le-Comte, 1480-1588

Tiraqueau, ami de Rabelais s'exprime ainsi :

Homme d'une habileté consommée dans les langues latine et grecque et dans toutes les sciences, au-delà de ce qu'on attendait de son âge et en dehors des habitudes pour ne point dire des scrupules excessifs de son ordre.
Rabelais dit de Tiraqueau : « judici æquissimo apud Pictones » « le juge le plus impartial parmi les Poitevins ».

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Christophe De Thou (1508-1582)

De Thou écrivit en latin à propos de Rabelais :

Totus se vitæ solutæ et gulæ dedit. » ce qui signifie : « Il se livra tout entier à une vie dissolue et à la goinfrerie.

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François Marie Arouet dit Voltaire (Paris, 1694-1771)

Voltaire laisse accroire que Rabelais n'aurait écrit «que dans le temps de son ivresse».

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Autres témoignages

Salmon-Macrin

Poète néo-latin, né et mort à Loudun consacre une de ses odes à François Rabelais dans le recueil qu'il publie en 1537 à Lyon. Il y célèbre son savoir et les grâces piquantes de son esprit.

Nicolas Bourbon

Autre versificateur, nous fait connaître les relations amicales de François Rabelais avec Mellin de Saint-Gelais et avec Guillaume du Maine qui est abbé de Beaulieu et précepteur des fils de François Ier.

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