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Quand les femmes travaillaient dans les carrières

Jean-Claude Raymond d'après un témoignage recueilli par Fernande Germain

Quand les femmes travaillaient dans les carrières

Une grande partie du sous-sol loudunais est composé d’une roche tendre exploitée depuis des temps très anciens. L’extraction de la roche existe toujours et Vayolles (commune de Prinçay dans la Vienne) a  vu renaître l’exploitation du tuffeau en 1988 dans la carrière exploitée par la SARL Carrières de Vayolles. Cette entreprise produit des cheminées, corniches, escaliers, balustres et autres éléments décoratifs et matériaux pour la construction traditionnelle mais aussi pour la restauration des châteaux de la Loire et de la région : Amboise, Azay-le-Rideau, Chambord, Chenouceaux, Fontevraud (abbaye), etc.

L’extraction actuelle se fait au moyen de machines haveuses-rouilleuses. Elles permettent de découper des blocs de dimensions imposantes dans des roches non fissurées. Le rouillage consiste à découper suivant des plans perpendiculaires les faces du futur bloc. Le havage consiste à découper suivants des plans horizontaux. La partie coupante de ces machines est en général une chaîne, un peu semblable à celles des tronçonneuses des bûcherons, mais garnie de dents en carbure de tungstène pour les roches tendres ou de diamants pour les roches dures. On peut découper avec ces machines des blocs sur une épaisseur d'un à plus de trois mètres.

Autrefois, il y avait beaucoup plus de petites exploitations et beaucoup plus de main d’œuvre. Le travail se faisait avec des outils bien plus rudimentaires qui réclamaient une grande force. Les carriers, appelés aussi carreyeurs, étaient souvent obligés d’arrêter de travailler assez jeunes et se reconvertissaient quand ils le pouvaient dans l’agriculture.

Les carrières étaient souterraines. On y accédait par des coursives ou coursières . Des chevaux tiraient les chariots qui roulaient sur des rails. Ces carrières étaient appelées caves. Ce mot désigne dans la région tout lieu creusé sous terre. Les carrières étaient éclairées au moyen de lampes à carbure.

Qui irait imaginer dans ces conditions des femmes travaillant dans les carrières ? Pourtant, il y en avait. Mais qu’y faisaient-elles donc, pensez-vous ? Pendant le mois d’hiver la carrière était un lieu à la température clémente. De plus, lorsque les journées sont courtes, l’éclairage était de bien meilleure qualité que celui d’une simple bougie voire même que d’une lampe à pétrole. Alors, les femmes dès le matin accompagnaient leurs époux dans la carrière. Elles occupaient leur journée à des travaux d’aiguille. Peut-être y avait-il quelques braseros pour réchauffer les gamelles. Mais la personne qui nous a rapporté ces faits ne nous en a rien dit. Nous avons appris aussi que la broderie se faisait aussi dans les caves car la température et l'hygrométrie variant peu les fils ne travaillaient pas ce qui facilitait le travail. 

On peut imaginer que les jeunes filles y suivaient leurs mères. Nombre de trousseaux ont dû être brodés dans ces lieux. Si les femmes y travaillaient les bébés aussi devaient y être et les bambins y jouaient. Comment s’étonner ensuite qu’on retrouve des familles de carriers de père en fils. Des descendants de ces carriers sont aujord'hui tailleurs de pierre.

On y ourlait des draps, on y faisait des chemises avec queue à l’arrière pour rester dans la culotte (c'était le terme alors employé), manches longues et petit col genre Mao. Si vous retrouvez des torchons en toile grossière et rêche que nos peaux fragiles ne supportent plus, pensez aux conditions dans lesquelles elle a été cousue, pensez à ceux qui l’ont travaillée et qui l’ont portée.

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Note

Cela se passait aux Roches, lieu-dit la Mignonnière, commune de Prinçay. L’entreprise s’appelait Courin de Berthegon en 1920. Champalloux Clément fut carrier aux Roches de Prinçay. Né le 22 avril 1867 à Prinçay, décédé en 1925, marié le 4 septembre 1887 à Prinçay à Julienne Amirault. Ils eurent 8 enfants : 7 garçons et 1 fille.

Ce témoignage nous a été transmis par Léone, petite fille de Clément et de Julienne, née en 1918 aux Roches (commune de Prinçay dans la Vienne). Nous la remercions vivement.

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Dernière modification : 2008-01-17 - 17:14:12

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