A la Croisée de l'Anjou, de la Touraine et du Poitou

La soupe confectionnée par les prisonniers
Seconde-Guerre
par Jean-Claude Raymond

Table des matières


La soupe confectionnée par les prisonniers

Si les civils  Français ont eu à souffrir des bombardements que les armées modernes appellent aujourd'hui dégâts collatéraux, les civils Allemands ont eu leur part de malheur. René jeune français avait été envoyé dans une ville allemande du Nord (peut-être Hambourg) au titre du Service du travail obligatoire (STO). Charcutier de son état, il était employé dans une charcuterie allemande.

Les civils Allemands pour la plupart également manquaient de tout. Aussi, étaient organisées ce que René appelait des soupes populaires. Les personnes se rendaient le soir dans la charcuterie qui distribuait une soupe. Soupe est probablement un bien grand mot pour désigner l'eau qui avait servi à faire cuire les nombreuses saucisses que les Allemands consomment encore en grand nombre. Cette distribution était un rituel qui existait avant l'arrivée de René. L'autre rituel qui s'était établi était le suivant. René et d'autres personnes ayant le même statut attendaient la fin de la distribution pour utiliser ce qui restait de la soupe.

En l'absence presque totale de corps gras, l'entretien des bottes qui leur avaient été allouées était problématique. Ainsi, tous les soirs, dès que le patron avait fini la distribution, il allait rejoindre sa famille et laissaient ses ouvriers mettre de l'ordre dans la boutique pendant que lui dînait en famille. Nos lurons prenaient des serpillières qu'ils trempaient dans le reste de soupe et s'en servaient pour huiler leurs bottes. Dans une économie de pénurie, il n'y avait rien à redire. Je pense même que les autorités eussent dû leur accorder une médaille pour bons soins apporter à l'entretien des bottes.

Mais, un bombardement en plein jour avait forcé les malheureux civils d'un quartier éloigné à se réfugier dans des abris. Peu de gens se présentèrent à la soupe qui fut distribuée comme à l'accoutumée. Quand il n'y eut plus de clients, les bottes reçurent leur dose de matière grasse. Mais ceux qui n'avaient pas pu venir à l'heure habituelle arrivèrent alors. Il n'eût pas été décent de refuser de distribuer la précieuse soupe alors que la marmite, au vu de tout le monde, était pleine à plus de la moitié. Ainsi fut fait. La soupe qui avait servi à nettoyer les bottes fut distribuée.

Cela amusa fort nos compères charcutiers qui, à partir de ce jour, décidèrent de nettoyer systématiquement leurs bottes avant la distribution. Il fallait le vouloir car ils devaient se cacher du patron. Mais celui-ci était le plus souvent dans le magasin. Il suffisait qu'un des comparses fasse le guet à la porte de l'arrière cuisine pendant que les autres nettoyaient leur bottes. Cela dura un temps certain.

Mais, un jour le patron fit irruption de manière imprévue alors que probablement, à cause de l'habitude, la surveillance s'était relâchée. Il demanda qu'on l'aidât à transporter la marmite dans le magasin. La patron prit une des anses du récipient, René pris l'autre et la marmite fut disposée à l'endroit habituel. Des clients faisaient déjà la queue et la distribution commença. Les bombardements répétés mettaient dans l'indigence de plus en plus de personnes et la marmite se vidait tous les soirs de plus en plus et ce soir là plus particulièrement. Tant et si bien qu'au bout d'un moment, le patron remonta avec sa louche la serpillière qui avait été abandonnée dans la marmite au moment de son irruption dans l'arrière boutique. Il essaya bien de savoir comment cela s'était produit mais aucun des ouvriers ne comprenaient comment cela avait pu se produire.

Quand cette histoire m'a été contée, je n'ai pas eu la présence d'esprit de demander si le nettoyage des bottes avant distribution avait cessé.

Jean-Claude Raymond
d'après René, mon oncle.

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Dernière modification : 2006-06-11 - 07:36:41

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